14 novembre 2009

La demeure Chamissot.

Voici un rêve que j’ai fait en mars.

Ce matin d’août, il faisait déjà chaud. Assise sur mon pliant, je laissais mes yeux voguer dans le ciel uniformément bleu, puis vers le chemin des moutons, et enfin vers la maison du vieil homme. Cet homme habitait dans une demeure jadis somptueuse et aujourd’hui délaissée, à l’écart du village ; sa femme avait disparu dans d’étranges circonstances plusieurs années auparavant, et il ne s’en était jamais remis. Mes cousines et moi, la semaine passée, avions mis en fuite des cambrioleurs qui s’étaient attaqués à lui, à plusieurs et armés de couteaux. Il nous avaient alors invitées à prendre l’apéritif toutes les trois.

Une voiture blanche s’engagea dans le chemin : Stéphanie et Brenda. Je les rejoignis à pieds.

« Entrez, entrez donc ! » dit le vieil homme d’un ton jovial.

La maison était faiblement mais suffisamment éclairée. Il y avait des rideaux dans tous les coins : aux fenêtres donnant sur l’extérieur, aux fenêtres donnant d’une pièce à l’autre, et même à la place de certains murs. Le tout dénotait une richesse passée et ternie. C’est que le vieil homme avait englouti toute sa fortune dans la recherche de sa femme ; il n’avait pratiquement plus rien pour entretenir une telle demeure.

« Acceptez, mes chères demoiselles, ces modestes cadeaux, en témoignage de ma reconnaissance. »

Chacune eu le droit à un petit sac cadeau fermé par un ruban, dans lequel se trouvaient un collier imitation ambre, un stylet et, emballée dans une boîte en carton et en plastique, une kokeshi de taille moyenne. Il nous proposa à boire, et nous passâmes dans une autre pièce. En passant, je jetai un œil par une fenêtre intérieure, et je vis tout un tas de journaux, chacun ayant pour une un meeting de candidat à la présidentielle.

Vous vous intéressez à la politique, mademoiselle Florine ? me demanda le vieil homme.

Euh… oui, répondis-je, enfin, comme ça, sans être à fond dedans, mais oui, ça m’intéresse… un peu.

Les journaux étaient d’années différentes : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, Arlette Laguiller, Jacques Chirac, Olivier Besancenot, François Bayrou, Corinne Lepage, Lionel Jospin, Noël Mamère… Quel mélange ! Je regardai le tout, me rappelant les moments forts des campagnes électorales, quand un encart présent sur chaque journal attira mon attention : « une jeune femme disparaît », « mystérieuse disparition d’une jeune fille », ce sur tous les journaux ; une vieille coupure de presse jaunie titrait, sous la photo d’une jeune femme souriante, « le corps de Mme Dupuy-Chamissot demeure introuvable. » Le vieil homme semblait s’intéresser de près à ces disparitions. Peut-être pensait-il qu’elles avaient un lien avec celle de sa femme…

Après un pastis léger, Stéphanie jeta un œil sur sa montre : « il est le temps de rentrer, les filles, on va manger. Elle se leva, aussitôt imitée par Brenda. Je voulus faire de même, mais je retombai aussitôt sur ma chaise.

« Oh, bah je ne tiens plus sur mes cannes, moi ! » soufflai-je.

Aussitôt, M. Chamissot devint étrange : ses yeux s’agrandirent de façon et démente, et il prononça plusieurs fois, d’une voix rauque et crispée, le mot « canne ».

« Bah oui, je ne tiens plus sur mes jambes ! » dis-je, quelque peu intriguée.

M. Chamissot se calma aussitôt, me sourit, et passa dans une pièce adjacente séparée du salon à boire par un rideau.

Pour regagner la sortie, il fallait emprunter un couloir de rideaux. Allons bon, par où passer ? J’appelai, et j’entendis la voix amusée de Brenda qui répondit « par ici, Florine, bien sûr ! ». A la bifurcation suivante, je me fourvoyai et ouvrit un rideau qui donnait sur une étrange pièce hexagonale, dont les quatre murs en dur étaient recouverts de coupures de journaux, toutes évoquant de mystérieuses disparitions. Un mur entier était consacré à Mme Dupuy. Je lus rapidement les titres de ces coupures, et tout en reculant posai la main sur un objet recouvert d’un film plastique. Je regardai aussitôt de quoi il s’agissait, et là j’eus un  mouvement de recul : ça ressemblait à une tranche d’os à moelle… « Beurk ! » fut ma première réaction, mais elle laissa aussitôt la place au questionnement. Que faisait cet os ici, à quoi – ou à qui – appartenait-il ? Je devais en avoir le cœur net. Je passai vite ma tête par les deux murs en rideaux pour m’assurer que M. Chamissot n’était pas dans le coin, et par chance l’un d’entre eux donnait sur le cagibi dans lequel on avait posé nos cadeaux. Je pris le stylet, soulevai le film plastique avec précaution, grattai comme on gratte du mortier non encore solidifié la moelle de l’os, rabaissai le film plastique, récupérai un morceau de papier-cadeau arraché dans la poubelle, étalai la moelle dessus, et rangeai mon prélèvement au fond de mon sac cadeau. Je savais que dans le cagibi, il suffisait de tourner à droite pour aller vers la sortie, mais bizarrement on aurait dit que les rideaux avaient été déplacés depuis tout à l’heure. Ah, enfin la sortie… Mais devant moi, à la place d’une entrée chaleureuse, il y avait un grand hall froid. Des gens étrangement vêtus entraient et s’asseyaient sur des chaises, toutes tournées vers une sorte d’estrade, accueillis par un M. Chamissot somptueusement vêtu de rouge, de noir et d’or. Le fond de la pièce imitait le décor des cathédrales, avec des boiseries et des sculptures en pierre. Je remarquai un renfoncement, et je me faufilai dedans, afin de tout voir sans être vue.

Surprise, je reconnus certaines personnes de l’assemblée : mais que faisaient-ils ici ? C’est alors que M. Chamissot prit la parole, non plus de sa voix chevrotante, mais d’une voix assurée, de gourou, pensai-je aussitôt.

« Chers amis, mes très chers amis et invités, nous avons trouvé nos jeunes filles. Celles-ci vont par leur vie donnée nous apporter la connaissance du secret lumineux. »

Je bondis alors de ma cachette, et lançai, en colère :

« Non ! Espèce de… De traitre ! Et vous… Vous avez toujours voulu me nuire ! Et ça ne vous suffit plus, il vous faut maintenant me tuer ! Mais ça ne se passera pas comme ça, vous ne m’aurez pas, et pas plus les autres ! »

Sur ces mots, je courus vers la sortie. Brenda et Stéphanie m’attendaient près de la voiture !

« Vite ! Montez, et démarre, vite ! »

Déjà les autres sortaient. Stéphanie démarra, et roula aussi vite que possible sur le chemin boueux et noueux. Plus vite, plus vite… On y est presque : une fois dans notre terrain, ils ne pourront pas nous approcher… Ça y est ! Mais la descente en voiture vers notre terrain était empêchée par les branches mortes des arbres qui venaient avaient été entreposées là en attendant. Stéphanie gara la voiture, nous sortîmes aussi vite que possible et courûmes dans le terrain. Mais Brenda était bloquée ; elle ne parvenait pas à se dépêtrer de sa ceinture. Nous allions l’aider, quand une corde lancée habilement s’enroula autour d’elle et la fit tomber. Impossible d’ôter la corde, et les ennemis étaient là ! J’aperçus mes parents qui préparaient le barbecue sur la terrasse.

« Il faut aller aider Brenda, vite, elle est en train de se faire enlever !

Qu’est-ce que tu racontes ? me dit mollement mon père, sceptique, sans lever les yeux du barbecue.

Mais dépêche-toi !  »

Et là, je me suis réveillée… Que va-t-il se passer ? J’espère que je vais rêver la suite sous peu (j’ai déjà remarqué que souvent, quand je raconte le début d’un rêve qui n’est pas fini au réveil, je rêve la semaine suivant le récit la suite de ce rêve, que ce soit une suite longue ou en petit bout… Très souvent en petits bouts…). En attendant, amusez-vous bien !

Posté par ETK Onilatki à 17:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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